Quarante ans. Oui… quarante longues années depuis la chute du régime des Duvalier.
Normalement, en quarante ans, on construit un pays; On élève des institutions; On corrige des erreurs; On prépare l’avenir.
Mais en Haïti, en quarante ans nous avons surtout appris à attendre. Attendre la sécurité;; Attendre la stabilité; Attendre des élections: Attendre un miracle qui, visiblement, est coincé dans le trafic diplomatique.
Et pendant que nous attendons, les lettres circulent, les gouvernements passent, les promesses changent de costume mais le peuple, lui, reste en file d’attente sans numéro.
Même Moïse, après 40 ans dans le désert,avait au moins une direction.
Moi, Madame Dodo, je me pose une question très simple : Est-ce qu’Haïti marche vers la Terre promise ou tourne-t-elle en rond avec un GPS politique débranché ?
Et permettez-moi d’oser des questions que beaucoup pensent mais que peu osent dire :
• Qui dirige vraiment Haïti : les Haïtiens… ou les réunions internationales ?
• Pourquoi chaque solution ressemble-t-elle à une nouvelle attente ?
• Combien de transitions faut-il pour enfin arriver quelque part ?
• Et surtout… est-ce que quelqu’un, quelque part, a encore un plan… ou seulement des discours ?
Parce que moi, je regarde la mer et je vois des navires de guerre étrangers.
Je regarde la terre et je vois un peuple fatigué mais debout.
Alors je me demande :
Sommes-nous protégés ou simplement surveillés ?
Mais attention ne vous trompez pas sur mon ton.
Oui, je pose des questions sévères. Oui, je souris en les posant. Parce que l’humour est parfois la dernière liberté d’un peuple qui refuse de mourir.
Les Haïtiens rient, pas parce que tout va bien, mais parce que s’ils arrêtent de rire, ils pourraient commencer à pleurer… et Haïti n’a plus le temps pour ça.
Quarante ans après Duvalier, la vraie question n’est peut-être pas :
« Qui gouverne ? »
La vraie question est :
« Quand le peuple haïtien décidera-t-il enfin de reprendre ce qui lui appartient ? »
Car je vous le dis, moi, Madame Dodo :
La délivrance d’Haïti ne viendra ni d’un navire, ni d’un décret, ni d’une réunion climatisée à l’étranger.
Elle viendra le jour où les Haïtiens cesseront d’attendre et commenceront à décider.
Et ce jour-là, croyez-moi, même Moïse n’aura plus besoin de GPS.
Madame Dodo

